Par Simon Paradis, préventionniste
L’écriture de cet article est le bilan d’un constat personnel de mes dernières années en tant que préventionniste œuvrant dans différents milieux et secteurs d’activités. Ainsi, j’ai eu la chance de croiser différentes entreprises dont le système de gestion de la santé et de la sécurité était exceptionnel, tandis que pour d’autres, il présentait certaines lacunes. Le constat est d’admettre que bien que ces milieux performants observés évoluent dans différents secteurs d’activités, il y a une corrélation directe existante entre ces points communs et les résultats obtenus.
1. La haute direction ne se limite pas à afficher une politique SST sur un mur
Les entreprises qui performent le plus en SST ont un ou plusieurs membres de la haute direction impliqué(s) en prévention et cela démontre clairement l’importance accordée à ce dossier par l’entreprise. Il n’y a rien comme un président ou un directeur général leader en SST pour laisser présager une bonne performance à ce niveau.
L’implication de la haute direction au niveau SST ne se limite pas à signer une la politique SST! Les actions de ses membres sont visibles (ex : membre du comité SST, réunions périodiques avec les employés où on aborde les aspects SST, participation à des tournées d’inspection, etc.). L’investissement est aussi présent: demandes de ressources monétaires, matérielles et humaines pour le déploiement des actions préventives.
2. Les superviseurs sont imputables et responsables des résultats SST
Si les superviseurs sur le plancher ont un rôle clé dans l’application et le respect des politiques, des procédures et des règles de sécurité, cela aura aussi une importance capitale pour vos employés.
La rentabilité de la production est importante, mais peu d’entreprises donnent aussi des objectifs aux superviseurs reliés à l’acquittement de leurs rôles et responsabilités au niveau SST. Pourtant, c’est ici l’une des clés essentielles au succès. Le superviseur a un rôle et des responsabilités SST, qu’on le veuille ou non, qui découle de l’article 51 de la loi sur la santé et la sécurité du travail et de la loi C-21. Il devrait donc être non seulement mis au fait de ces rôles et responsabilités spécifiques dans l’entreprise, mais cela doit aussi faire partie des attentes pour le poste. Les entreprises qui ont compris ce point ont bien défini ces rôles et responsabilités SST de leurs superviseurs et cela fait partie aussi de la définition du poste.
Encore là, il faut faire appliquer et valider cette application des rôles et des responsabilités.
Voici quelques un de ces critères pouvant être ajoutés aux évaluations de vos superviseurs :
- A une attitude positive face à la SST;
- Effectue des rencontres SST périodiques pour parler de prévention;
- Est proactif dans la réalisation des actions dont il est responsable en SST;
- Donne l’exemple en SST;
- Accorde une grande priorité à la SST dans la gestion quotidienne des opérations;
- Garde son département en bon ordre;
- Ne tolère pas les comportements non sécuritaires et encourage les bons comportements.
Le superviseur performant dans son rôle et dans ses responsabilités SST encourage les comportements sécuritaires, est intolérant face aux comportements non sécuritaires, effectue des capsules préventives de façon régulière avec son équipe, agit pour corriger les situations non sécuritaires, etc. Bref, il est un acteur clé de la prévention dans l’entreprise et pour lui, la prévention doit aussi faire partie du quotidien des travailleurs sous sa supervision.
3. La rigueur du suivi du plan d’action SST pour un niveau d’avancement significatif
Les entreprises qui performent le plus en SST on ce point en commun qui est d’une importance capitale pour l’obtention de résultats. La mesure de l’avancement des activités préventives prévues au plan est révélatrice d’une rigueur significative dans la prise en charge des actions. Lorsque les échéanciers sont sans cesse repoussés, on peut difficilement espérer une performance. À vrai dire, on crée également une démobilisation des gens qui y croient.
4. La formation au poste, l’ergonomie et les méthodes de travail sécuritaires
Les entreprises qui performent le plus maitrisent les volets de bases et s’attaquent maintenant à des volets plus spécifiques quant aux tâches réalisées au quotidien et qui peuvent être à l’origine de plusieurs lésions professionnelles. Ainsi, ces entreprises ont aussi amélioré les méthodes de travail spécifiques aux tâches les plus critiques, ont analysé les activités au niveau ergonomique et ont développé la formation spécifique au poste de travail. Il s’agit ici d’un haut niveau de maîtrise dans le système de gestion de la santé et de la sécurité.
C’est ainsi un niveau plus spécifique de la prévention où l’on tient compte pleinement de la réalité des risques propres au poste de travail. Les formations au poste peuvent ensuite être adaptées en tenant compte de tous ces aspects.
5. Les comportements non sécuritaires sont gérés, les bons comportements SST sont valorisés
Loi C-21, diligence raisonnable, responsabilités des superviseurs en matière de SST… Le devoir d’autorité du superviseur et de l’entreprise est clairement défini. Il doit agir en cas de non-respect des politiques, des procédures sécuritaires de travail ou des règles. Pas d’œillères ni de laisser passer. Les entreprises les plus performantes au niveau SST ont compris l’on ne doit pas tolérer de tels comportements. Des plus, pensons également aux coûts directs et indirects de l’accident (perte de main-d’œuvre qualifiée, absentéisme, recrutement et formation du remplaçant, crédibilité de l’entreprise et attractivité).
La valorisation des comportements sécuritaires doit aussi faire parti du mode de gestion. Un superviseur qui prend la peine de reconnaître ces bons coups ne peut être qu’une source supplémentaire de motivation pour les employés à répéter ces bons comportements.
Les entreprises qui performent en SST ont un niveau de culture SST tel que ces bons coups sont valorisés. Cependant, en contrepartie, elles sont aussi intolérantes face aux comportements non sécuritaires.
6. Tous les membres de l’organisation sont fiers de la culture SST
On ne le dit jamais assez, la santé et la sécurité au travail, pour que ça marche, ça prend une implication générale de tous les membres d’une organisation. Sans implication de la haute direction, des superviseurs ou des employés, il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau. Les entreprises les plus performantes obtiennent des résultats, mais cela se traduit aussi par une fierté avec reconnaissance des efforts de tous. Repas payé aux employés avec discours du président, affiche d’un nombre de jours sans accident sur la devanture du bâtiment, affichage d’un cadre des Grands prix CNESST pour une innovation, remise d’un certificat-cadeau aux employés ayant contribué à l’avancement d’un projet, ayant soumis une idée qui se démarque, etc. Les entreprises qui performent le plus en SST en sont fières et cela se témoigne dans différentes situations et par différents moyens.
7. Le CSS est efficace
Dans les entreprises performantes en SST, le comité SST est représenté par des membres motivés qui n’ont pas peur de s’impliquer. Chacun s’acquitte de ses tâches entre les rencontres et le comité n’est pas pris dans une liste d’épicerie dans laquelle les problèmes ne font que s’accumuler et s’étirer. Une personne d’influence pouvant facilement faire bouger les choses est aussi membre du comité. On fait ici référence, par exemple, à un membre de la haute direction. Le comité SST travaille en partie sur des projets concrets et stimulants (ex : réorganisation de la cohabitation chariot élévateur et piéton dans l’usine). À cela, s’ajoute un suivi efficace des premiers soins et accidents de travail survenus au niveau des correctifs préventifs à apporter, un suivi rigoureux et la réalisation des inspections des lieux, ainsi que le suivi du plan d’action SST.
8. Les accidents de travail sont enquêtés et analysés
Les entreprises qui performent le plus en SST ont compris qu’un accident de travail est souvent à causes multiples et qu’une bonne enquête et analyse d’accident (EAA) permet de réduire la probabilité d’occurrence répétitive d’un tel événement.
- Réalisée par une personne formée en la matière.
- formulaires d’enquête et d’analyse complet qui ne permet pas l’identification de causes immédiates uniquement , mais s’attarde aux causes fondamentales
- formulaires complétés avec des mesures correctives
- rapports de la réalisation des correctifs.
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9. Gestion efficace des lésions professionnelles
Dans les entreprises performantes en SST, la procédure de déclaration d’accident est clairement définie. L’entreprise est proactive sur l’offre de l’assignation temporaire et dans les démarches de contestation et de partage de coûts au niveau des dossiers d’accidents. Bien qu’une bonne gestion ne fasse pas diminuer la fréquence des événements, elle peut cependant grandement en limiter la gravité.
10. En mode action et non en mode réaction
Les entreprises qui agissent et qui ne font pas que remettre toujours à plus tard sont celles qui ont les meilleurs résultats si l’on veut résumer cet article en une simple phrase. C’est une question de rigueur au quotidien.
On tente de travailler pour modifier les comportements d’êtres humains provenant de différents milieux, ayant différentes valeurs et opinions. C’est une réalité plus vraie aujourd’hui que n’importe quand auparavant. Conditionner ces personnes sur des comportements, des règles et des méthodes de travail spécifiques, c’est sans contredit l’un des plus gros défis d’une entreprise. Mais cela se fait ailleurs et avec succès. Il suffit d’y croire, de s’entourer de partenaires clés et finalement, d’agir.
« Derrière chaque grande performance, il y a un grand cadre ».
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