Par Lyne Watier, conseillère senior en gestion des invalidités

 

Dans notre société, il faut se le dire, le travail est souvent vu comme une mesure de valorisation et même parfois fait partie de nos marqueurs de valeur.  On se définit souvent par le travail.  On l’associe à un indicateur de la reconnaissance ou une codification à l’intégration sociale. Donc, une absence en invalidité, peu importe les raisons, a des impacts sur l’individu.  En plus de la perte monétaire, une absence pour une période plus ou moins longue de notre milieu de travail peut être une grande source de stress. L’impact est également important pour les entreprises et l’organisation du travail ce qui n’est pas évident dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre.

Dans cet esprit, il convient d’adopter une procédure de la gestion de l’invalidité, qu’elle soit professionnelle ou non professionnelle, et ce avec le même objectif : un retour au travail.

Faire la chasse aux mythes

Très souvent, mais à tort, on pense qu’un employé en invalidité ne peut revenir au travail avant d’être rétabli à 100% ou encore qu’une personne ayant vécu une « invalidité » ne sera plus en mesure d’exécuter toutes ses tâches comme avant. On présume que notre employé demeurera avec des séquelles ou une certaine fragilité.

On pense aussi qu’il est préférable d’éviter de parler à la personne en retour suite à une absence plus ou moins longue et qu’il est préférable d’attendre qu’elle vienne vers nous lors de ses premières journées de travail.  Il ne faudrait pas lui donner l’impression qu’on la surveille.  On pense à tort que suite à une visite chez son médecin, cela pourrait se solder par un arrêt de travail et/ou une régression du temps travailler, arrêtant ainsi le cheminement vers un retour complet au travail.

Dans la réalité, ce n’est pas parce qu’un employé connaît une période d’invalidité en lien avec un événement relié au travail ou encore à une maladie qu’il ne pourra reprendre toutes ses tâches.  L’évaluation de la capacité revient, de prime abord, aux médecins.  C’est eux qui ont l’expertise de déterminer la présence de séquelles permanentes.  Le véritable obstacle, et ce n’est pas un mythe, à un retour au travail est l’absence de communication.

Maintien du lien de communication

Le maintien de la communication est à la base d’un retour au travail réussi.  Une absence bien gérée est une absence où la collecte de données se fait aisément.  Les recherches indiquent qu’un contact rapide et soutenu entre les travailleurs et un représentant de l’employeur sont l’un des aspects les plus importants d’une gestion efficace, que ce soit dans le cas d’accident ou de maladie.

Un contact continu permet à l’employé de maintenir un lien avec le milieu de travail et pour l’employeur de s’assurer que l’employé obtient tout l’appui dont il a besoin.  Il est à prioriser que ce soit toujours la même personne qui communique avec l’employé.  Si on parle du gestionnaire direct, c’est encore mieux.

Comme nous l’avons déjà soulevé, le retour au travail commence à se gérer au jour un de l’absence. Donc, il est primordial de communiquer avec l’employé dans un délai raisonnable selon les circonstances.  Dans les cas, de lésions professionnelles on parle dans les 24 à 48 heures. On établit clairement des attentes de l’employeur et on planifie avec l’employé le prochain appel.

Il est aussi important d’aborder les échanges avec sensibilité et dans la forme qui convient le mieux à l’employé (ex. par courriel ou par téléphone). Ce contact doit montrer à l’employé que l’employeur se préoccupe de son bien-être et qu’il manque à l’équipe. On ne doit pas avoir peur d’encourager l’employé à demander à son médecin de l’investigation supplémentaire si nécessaire et à obtenir des soins médicaux si ce n’est pas déjà fait. Un traitement et une réadaptation rapides peuvent jouer un rôle essentiel dans le processus de retour au travail.

Travaux légers, assignation temporaire : lésion professionnelle

La procédure d’assignation temporaire est généralement connue et utilisée par les employeurs dans le cadre de lésion professionnelle.  On peut établir un lien direct entre le maintien au travail, « l’absence du paiement d’un salaire par la CNESST» et l’impact financier pour les employeurs.

Lorsqu’un médecin autorise un retour au travail en assignation temporaire ou simplement une indication de retour au travail en travaux légers, sa mise en place est de la responsabilité de l’employeur, cela fait aussi partie de son droit de gestion.  C’est l’employeur qui a le dernier mot. Mais lorsque des rapports médicaux indiquent : « travaux légers » ou « retour progressif », est-ce que ces notions sont similaires à de « l’assignation temporaire »?  La réponse est oui. La première étape vers le retour au travail permanent et à temps plein est un retour en assignation temporaire ou en travaux légers.  Une connexion avec le milieu de travail.

Planifier le retour au travail

Comme mentionné précédemment, dès qu’un travailleur quitte en raison d’une invalidité, on commence à planifier son retour. Un plan de retour au travail devrait être préparé.  On devrait prévoir des mesures d’adaptation, une planification progressive afin d’amener l’employé à exécuter l’ensemble de ses tâches à l’intérieur d’un délai convenu.  Au point de vue des opérations, cette approche aura moins d’impact sur la productivité.

Pour l’employé, revenir dans son milieu professionnel est un stress, soit d’être jugé par ses collègues ou encore d’aggraver son état. Il peut être indiqué de faire un suivi informel de quelques minutes avec l’employé, surtout durant les premières journées du retour progressif au travail.  Dans le processus, on ne doit pas oublier d’informer l’ensemble des personnes impliquées.  Un retour au travail après une absence prolongée comporte des défis pour l’employé, mais également pour son supérieur immédiat et ses collègues.

 

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